"Tous ensemble, faisons passer un message !" - La pépinière de la solidarité internationale

"Tous ensemble, faisons passer un message !"

A son retour de Bangalore, Elodie nous a accordé quelques minutes pour nous raconter comment s’était déroulée la marche pour le droit des femmes en Inde, le 8 mars dernier. Cette journée constituait l’aboutissement du projet En avant toutes ! qu’elles menaient Julie, Hélène et elle, pour permettre aux femmes de s’exprimer à travers l’art.

« La marche, ça faisait longtemps qu’on bossait dessus. On en parlait depuis le début. Même s’il y a eu un gros changement de dernière minute. Il y a eu une différence à laquelle on ne s’attendait pas : quand les Indiens disaient que la marche aurait lieu le 8 mars, pour eux cela voulait dire « autour du 8 ». Le gros de leur évènement national qui nous aurait coûté cher en déplacement, c’était le 8, mais à Bangalore le 11. Le jour où nous partions, donc forcément c’était gênant. Nous avons décidé de quand même organiser un évènement le 8 et marquer la journée pour le droit des femmes. Mais entre nous, nous n’avons pas rejoint d’autres associations. Par contre eux l’ont fait le 11 après.

A chaque fois que nous allions dans des ateliers nous expliquions le projet de la marche du 8 aux différents groupes, tout un travail de pré-sensibilisation avait été conduit par différents militants. De plus nous étions accompagnées par des femmes de Bangalore qui parlaient anglais pour faire l’intermédiaire entre nous et les familles quiparlaient les dialectes locaux.

Celles que j’appelle les activistes sont des militantes qui avaient déjà été amenées à travailler avec Fedina mais pas dans ce contexte-là. Elles étaient vraiment mobilisées autour du droit du travail, avec un syndicat qui défend les droits des travailleurs. Nous leurs avions proposé de travailler plus précisément sur les droits de la femme et toutes les répressions qu’elles peuvent subir au quotidien. Nous n’avons pas eu à faire le travail de prospection, sur place les populations étaient déjà « ciblées ». Usha, la coordinatrice de Fedina avec laquelle on travaillait mais aussi celle chez qui on dormait, avait tout un travail de réflexion autour de la femme, mais rien n’avait été fait concrètement. C’est tellement peu accepté dans la société indienne qu’ils n’avaient jamais vraiment fait un travail seulement autour de ce sujet.

« Le moment phare où tu sens qu’une communauté est créée »

Le 8 mars tout le monde s’est rassemblé, il n’y avait pas que des femmes, des hommes aussi étaient présents parmi les activistes. Nous nous sommes donc retrouvés à une petite cinquantaine, il y a eu quelques chants, des discussions entre eux, le côté communautaire était marqué par le port d’un bandeau rouge. Ils ont aussi récupéré une partie des affiches et des supports qu’on avait créés pendant ce mois, qu’on avait travaillés tout au long des ateliers. Ils ont pu les réutiliser et se les réapproprier pendant la marche ; c’était vraiment un objectif et on était contentes que ça fonctionne. Après, ils ont fait une grande marche dans toutes les rues, avec un itinéraire, ça ressemblait vraiment à ce qu’on peut faire dans une manifestation française, avec des slogans. C’était vraiment chouette, pour le coup c’était peut-être la partie la plus importante pour moi, dans le sens où j’ai eu un contact avec la population, plus seulement dans les ateliers, c’était vraiment « Tous ensemble faisons passer un message ! »

C’est la première fois que l’ensemble des ateliers (20 à 30 femmes par groupe) avec lesquels on avait pu travailler pouvaient se rassembler. Elles pouvaient se sentir fortes et s’exprimer, après la censure qu’elles subissaient dans la vie quotidienne. Il y avait vraiment une force, c’était beau. Et puis les habitants étaient curieux, les voitures s’arrêtaient pour essayer de comprendre ce qu’il se passait.

« Un lieu où chacun puisse se sentir à l’aise de s’exprimer et s’aider les uns les autres »

Ensuite nous nous sommes tous retrouvés dans un parc pour faire différents ateliers autour des droits des femmes et des expressions. Puis des danses et un temps de paroles pour que les gens puissent s’exprimer sur leur ressenti du mois passé. C’était très intéressant parce que beaucoup de personnes ne s’étaient pas exprimées personnellement, et ont pu le faire ici. Cela s’est complètement débloqué lorsque l’une d’entre elles a commencé. Il y a eu tout un débat sur l’importance du rôle des hommes qui en a découlé. Certaines disaient que tous les hommes étaient responsables et avançaient la nécessité de ne pas compter sur eux, d’autres, prônaient le contraire, tandis que ces derniers insistaient sur leur envie d’apporter leur pierre à l’édifice. C’était important qu’eux aussi puissent s’exprimer. J’avais un peu peur vu leur large minorité qu’ils ne communiquent pas.

Je suis rentrée le 11 mars. 3 jours après la marche. C’est allé très vite ! Finalement je m’attendais à beaucoup de différences sociales, culturelles, mais non à part les vaches dans la rue et les femmes en sari ça restait vraiment très proche de ce qu’on connaissait. Même les femmes dans leur manière de s’exprimer ou de voir les choses : je pensais vivre un petit choc culturel. On s’était bien préparées, on avait peur de voir des choses un peu dures ; et ça n’a pas été le cas. Bangalore c’est une ville qui paraît beaucoup plus calme par rapport à ce qu’il semble se passer plus dans le nord, la mentalité est très différente aussi.

Si j’ai un regret, c’est le temps. Cette marche du 8 c’était vraiment un moment où on avait l’impression de commencer à connaître les gens, personnellement, et c’est vrai que c’était un petit peu court et frustrant de pas pouvoir continuer ces ateliers plus loin.

Pour la suite du projet, les militantes ont décidé de se réapproprier quelques-uns de nos ateliers. Le fait qu’on traite à travers l’art ce qui touche directement ces femmes est important. Plusieurs fois nous avons entendu « c’est la première fois que je réfléchis vraiment à ce que je veux pour moi, pour le droit des femmes et dans ma vie personnelle. » D’habitude c’est tourné vers la famille, il n’y a pas de place pour l’individu, leur poser la question les a perturbées mais positivement. Après il n’y a rien eu de fondamental, pas de grande victoire mais notre angoisse c’était de venir et de ne pas apporter grand-chose sur le peu de temps qu’on avait. En tant qu’étrangère c’est forcément difficile et je pense qu’on a été très aidées par toutes ces femmes.

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