Pourquoi la Pépinière ? Pour pouvoir agir, tout simplement

Originaire d’Algérie et vivant en France depuis peu, Soraya souhaite désormais réaliser un projet avec la Pépinière au Sénégal. Cette Pépin accompagnée par Louise de l’équipe de Paris nous en dit un peu plus sur les motivations qui l’animent.

Pour commencer, pourrais-tu nous en dire plus sur toi sous la forme d’un portrait chinois ? Tout d’abord, si tu étais un personnage historique, lequel serais-tu ?

Je serais l’emir Adbel Kader, une personne importante en Algérie. Il a été le premier à organiser la lutte contre le colonialisme français, et a été exilé en Syrie. C’est un personnage qui me fascine beaucoup, autant le guerrier qu’il représentait, mais c’était également un homme de lettre, un philosophe, et quelqu’un qui avait une vision très progressiste pour l’époque de la femme. C’est surtout pour ce dernier point que je le choisis.

Un livre ?

Je ne serais pas un livre particulier, mais le roman en général. C’est imaginaire, et cela n’a pas forcément à voir avec la réalité. J’ai lu beaucoup de romans qui m’ont fasciné, mais c’est surtout la possibilité d’imaginer, de fantasmer, d’idéaliser. Cette liberté, c’est ce qui me plaît.

Un style de musique ?

Je serais la musique andalouse, surtout par rapport aux textes. Ce sont des poésies qui parlent d’amour et je trouve ça magnifique.

Une qualité ?`

De façon générale, ça serait l’altruisme. Le fait de ne pas penser qu’à soi.

Quel a été le déclic qui t’a orienté vers la solidarité internationale ?

Je vis en France depuis un an et demi. Avant, je vivais en Algérie, j’étais enseignante à l’école de commerce supérieure d’Alger. C’est grâce à ma sœur que j’ai été attirée par la solidarité internationale. Elle avait trouvé un emploi dans une ONG française, et c’est là que j’ai découvert qu’il y avait des ONG étrangères qui agissaient en Algérie. Je trouvais ce qu’elle faisait génial et cela m’avait vraiment intéressé. C’était une grande découverte et cela m’a ouvert d’autres perspectives. Une fois que j’ai déménagé en France je me suis engagée dans diverses associations dans lesquelles j’ai eu l’opportunité d’accompagner des entrepreneurs migrants porteurs de projets transnationaux. Cela a été l’opportunité pour moi de faire connaissance avec des personnes provenant de beaucoup de cultures différentes, et ainsi, c’était ma première rencontre avec la solidarité internationale.

Qu’est-ce que représente l’engagement solidaire pour toi ?

Que ce soit à l’échelle locale ou internationale, avec des personnes qui vivent à côté de chez soi ou à l’étranger, être solidaire c’est prendre conscience que certaines personnes puissent avoir besoin d’un coup de main. Cela fait écho à l’altruisme dont je parlais plus tôt.

Quelles sont tes attentes personnelles à travers cet engagement ?

Si mon projet se concrétise et que tout se passe bien, je pense que je vais être très fière de moi. Je suis quelqu’un d’assez critique envers moi-même, et j’ai le sentiment de ne pas avoir fait de choses extrêmement intéressantes dans ma vie, et je me dis que, peut-être, ce projet va me permettre de trouver ma voie, de m’apporter tout en pouvant apporter aux autres.

Comment as-tu connu la Pépinière et qu’est ce qui t’a donné envie de rejoindre le dispositif ?

Un jour, je me baladais avec ma mère, et je suis tombée sur les locaux de Frères des Hommes. J’ai lu l’affiche de la Pépinière de la Solidarité Internationale et j’ai trouvé le principe génial. On te permet de contribuer à un projet à l’étranger, et j’ai trouvé ça super. Je me suis inscrite au TIP et ça s’est fait comme ça. C’est le fait de pouvoir, tout simplement, qui m’a donné envie de rejoindre la Pépinière. La réunion avec Louise Nimier [1] m’a montré cette simplicité. Je pensais que ça allait être à moi de trouver le partenaire, et finalement non, la Pépinière m’offre un cadre qui rend cela si simple que je me suis dit que je n’avais pas d’excuse pour ne pas partir.

En quoi te sens-tu allié des populations en situation de vulnérabilité ?

Je pense que quelque part, on est tous vulnérables. Il y a des contextes où l’on définit des personnes en situation de vulnérabilité par rapport à d’autres, mais je pense que l’être humain est vulnérable d’une manière ou d’une autre. De mon côté, j’ai grandi dans un environnement favorable, je n’ai manqué de rien. J’habitais à Alger, et la famille de mes parents vivait dans une ville de l’ouest de l’Algérie. Je partais régulièrement vacances leur rendre visite. Ils habitaient dans des petits villages, ils avaient des habitations rudimentaires, et je voyais que ces personnes ne vivaient pas de la même que nous. Ils avaient moins de confort que nous, mais c’était très sympathique. Et ces personnes, qu’on peut désigner comme vulnérables, et bien je n’ai jamais eu l’impression qu’elles l’étaient. Ce terme de « vulnérable », cela renvoie tout de suite à une image comme quoi il y a une personne qui sait et que l’autre non. Je n’ai pas du tout sentiment. Je suis sûr que la personne vulnérable en sait tout autant que moi, et que chacun peut s’enrichir l’autre. Je n’ai pas le sentiment que les personnes vulnérables ne savent pas comment faire et que je vais leur montrer comment faire. Je n’ai jamais eu ce sentiment.

Quelles qualités, selon toi, sont à mobiliser et à mettre en avant pour réaliser ton projet ?

Il y en a beaucoup, mais à mes yeux la qualité humaine la plus importante dans toutes relations, puisqu’un projet de solidarité internationale repose sur les relations humaines, c’est la bienveillance. La communication entre tous les acteurs est aussi primordiale pour développer la confiance et la bienveillance. Il faut vouloir bien faire les choses ensemble, et surtout définir ce que cela signifie pour nous de bien les faire.

Quand quelle mesure la réalisation de ton projet s’inscrire dans un changement plus global ?

Je n’ai pas du tout cette prétention. C’est un petit grain de sel que je vais aller saupoudrer. En effet, ce sont les petites actions comme celle-ci qui apportent des changements positifs. Le projet dans lequel je souhaite m’investir porte sur l’éducation nutritionnel. Cela a pour but un retour aux sources, et non un changement comme ce terme est communément compris. Aujourd’hui, les populations se détournent de leur alimentation traditionnelle pour aller vers une alimentation industrialisée. Mon projet, qui se déroulerait sûrement au Sénégal, consisterait à revaloriser cette alimentation traditionnelle pour remettre au goût du jour les produits locaux pour que les jeunes générations ne les abandonnent pas au profit des produits issus de l’importation. Dans un sens, mon projet vise à éviter un changement qui pourrait se révéler néfaste au fil du temps.

[1bénévole et tutrice de l’équipe de Paris

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